Lords of Altamont : le nom fait référence aux Rolling Stones, et plus précisément à un événement morbide de leur carrière, à savoir le passage à tabac (jusqu’à ce que mort s’en suive) d’un jeune noir par des membres des Hell’s Angels lors de leur concert gratuit au festival d’Altamont près de San Francisco en 1969 (qui prétendaient que la victime avait égratigné une de leur bécane). Inutile d’avoir lu Hunter S.Thompson pour comprendre que les Angels n’étaient pas des intellectuels et encore moins des enfants de cœur. On suppose donc que le quatuor de Los Angeles n’est pas là pour respecter un silence religieux ni quoi que ce soit d’ailleurs. La pochette est noire (vous aviez deviné ?) et représente un point prêt à vous flanquer une sacrée dérouillé avec une chaîne en fer. Quant aux titres des chansons, ils ne sont pas plus rassurants : Cyclone, Burried From The Knees Down, Let’s Burn, She Cried, Though As Nails...
Espérons que ces quelques lignes ne vous auront pas fait rebrousser chemin. En effet, une fois leurs manches retroussées, les Saigneurs produisent une musique endiablée et sans confession. Ces anciens membres des Fuzztones, des Cramps et des Bomboras rendent un culte aux plus belles heures de la Sainte Trinité rock’n’roll-garage-psychobilly. Autant dire tout de suite qu’ils n’inventent rien: leur démarche s’inscrit dans la tradition qui consiste à danser et à sacrifier les bonnes manières sur l’autel du rock. Leur messe noire, véritable ode aux cierges incandescents et à la drogue suit son déroulement avec des guitares incisives, un chant possédé, et une batterie brute de décoffrage. Mais c’est bel et bien l’orgue blasphématoire qui vient enfoncer les clous et rend la cérémonie plus légère, plus joyeuse et plus dansante. En bons hérétiques qu’ils sont, nos bikers vêtus de cuir nous invitent à recevoir la bière et les pains de l'Antéchrist. Laissez donc vos satanés préjugés de cotés et venez prêcher la parole des MC5, Stooges et autres Richmond Sluts.
OLIVIER RIGOUT