
Dans une interview "accordée" aux Inrockuptibles (16 octobre 2006), la jeune starlette pop anglaise, Lily Allen, épate la galerie à coups de phrases choc à la sauce sex, drugs & rock'n'roll.
Des déclarations qui contrastent avec son disque "Alright, Still", savant mélange entre pop commerciale, ska, raggae et rengaines enfantines. Si celui-ci se revèle gentillet et accrocheur, il semble que Lilly Allen cherche à s'en detacher en énumérant avec joie ses multiples frasques. Sans pour autant remettre en cause la véracité de ses propos, on est en droit de se demander si elle ne nous les assène pas pour se débarasser de l'image de la sympathique pouf qui lui colle à la peau.
Son CV destroy est tellement truffé d'anecdotes à faire passer Motley Crüe et Pete Doherty pour les Spice Girls, qu'elle donne l'impression de chercher à s'acheter une crédibilité. Or on frôle ici la compilation "best of " de clichés, la succes story parfaite pour une adaptation hollywoodienne: bref, une aubaine pour journalistes, qui sent bon l'attrape nigaud marketing.
Petit florilège ci-dessous.
Le vilain petit canard:
"Je haïssais l'école, la discipline, la morale. J'étais nulle à l'école, je n'entendais à mon sujet que des commentaires catastrophiques. J'ai fait treize écoles, je me suis fait virer de quatre".
La pauvre adolescente:
"J'ai souvent eu l'impression d'être transparente, de ne pas exister. Je rêvais d'exister, tout simplement".
La rebelle précoce:
"Comme j'etais incapable de rester silencieuse dans mon coin la seule facon que j'avais pour qu'on me fiche la paix était l'autre extreme: l'agressivité. A 8 ans j'écoutais sans répit les Stones Roses, Oasis, les Stranglers et Squeeze".
La révélation:
"Un jour je fredonnais Wonderwall d'Oasis, une prof m'a entendue et m'a dit que j'étais vraiment douée pour le chant". Soudain, cette gamine que tout le monde détestait, cette boule de rage, cette bonne à rien a prouvé qu'elle savait faire quelque chose".
La femme précoce:
"Je me tapais des mecs à 14 ans, je fumais, je picolais, je me défonçais. Je détestais être enfant, j'ai été témoin de choses qui n'étaient pas de mon âge: dépressions nerveuses, des morts d'overdose; beaucoup trop de drogue".
La junkie précoce:
"Mon premier ecsta c'était à un concert des Chemical Brothers à Glastonburry en 1998, j'avais 13 ans".
La racaille:
"Je volais aussi sans arrêt: des cds, des chaussettes".
La tarée:
"Je mentais beaucoup. J'inventais tout, c'est devenu si grave qu'à 18 ans je me suis retrouvée en hôpital psychiatrique".
La poète:
"A une période de ma vie je ne pouvais plus supporter les gens. Je préférais alors sincèrement parler aux fleurs".
L'élue de Dieu:
"Personne ne me connaissait, ne me comprenait. J'ai brûlé tous les ponts derrière moi car je refusais un vie normale".
La féministe:
"On me reproche d'ouvrir ma gueule, comme si une femme dans la pop music devait se contenter d'un rôle de cruche".
La femme politique:
"Je suis passionnée et militante".
La star raisonnable:
"Allez vous faire foutre. Ces autographes ils ne sont pas pour vous, vous voulez es revendre à des mômes sur eBay".
Conclusion: le scénario est fluide et bien construit. Mais les différentes étapes de sa vie et les différentes facettes de sa personnalité semblent trop schématiques et trop caricaturales: les ficelles sont trop grosses. Et comme Lily le dit elle-même "Everything's just wonderful". Un petit peu trop non?