Le génial touche-à-tout bordelais, récemment exilé à Paris publie ces jours-ci le second volet de sa trilogie musicale. Mary Lee Doo et la suite logique de Don Lee Doo en ce sens qu'elle perfectionne la recette miracle à base d'ominchords très Miami Vice, de refrains entêtants comme des génériques TV, de gimmicks slapés à la basse, de soli de guitares très Van Halen... bref beaucoup d'ingrédients 80s mais un rendu très sincère, personnel, touchant et efficace, avec même quelques mini-tubes, comme My Family, Can You Hear Me This Way ou encore la chanson eponyme. Il ne s'agit pas d'un exercice de style pour ce petit génie qui en est au moins à son vingtieme album en 15 ans de carrière. Rencontre avec Kim Giani.
Comme d'habitude tu as quasiment tout fait tout seul sur ce nouveau disque: écriture, instruments, prises, mix, clip, pochette... Tu as peur que Steve Albini te massacre ton mix? Ou que Michel Gondry te filme trop de profil?
Kim Giani: Il ne faut pas confondre concentration et autarcie. Le fait de s'occuper seul d'un maximum de choses permet de tendre vers l'unicité mais bloque toute notion de synergie. Et puis les gens sont plus séduits par le partage que par l'autogestion. Je suis donc souvent obligé de me justifier à ce propos. Après tout je joue de plus d'une vingtaine d'instruments, voila pourquoi je joue tout moi même. De plus, peu d'instrumentistes pourraient supporter de se voir supprimer leurs prises en plein mixage. Comme ç'est moi qui joue, j'évite des problème de mauvaise conscience. Il faut voir dans ma démarche une preuve de sincérité. Dans mes disques, c'est du cent pour cent assumé. Je n'arrondis aucun angle. La plupart des disques qui sortent sont le résultat de compromis. Pas dans mon cas. Je fais ce que je veux, et cette liberté a le prix de l'isolement. Je n'ai rien contre le fait de jouer avec des gens. Il m'arrive d'inviter des musiciens à jouer dans mes disques. Mon premier album a même été réalisé par quelqu'un d'autre que moi. Je n'exclue pas une collaboration future, mais je n'ai pour l'instant pas rencontré la bonne personne. Je passe mon temps à ouvrir et fermer la porte de mon home studio. Ca dépend des périodes. Depuis cinq albums, c'est vrai que je suis totalement seul derrière ma console. Ca va peut être changer. Je sens que j'ai trouvé une sonorité que je cherchais, une couleur, une ambiance. Je vais peut être pouvoir à nouveau faire entrer un peu d'air. Pour ce qui est de mes pochettes, en revanche, elles sont réalisées depuis 2006 par Guillaume Briere, de The Shoes. On peut penser que c'est moi qui les réalise car Guillaume s'inspire de dessins que je poste sur mes blogs, où que l'on retrouve dans mon décor de scène où dans mes clips. Comme quoi je délègue. Enfin, pour les clips, j'en réalise une grande partie seul, en effet, avec des logiciels rudimentaires de montages et des dessins numériques. J'aime beaucoup cette activité. Mais j'ai aussi fait deux clips avec Leo Frenay. Dans ce cas là, je m'occupe des décor, du scénario, du casting et de jouer dedans. De son coté, il tient la caméra, s'occupe du montage et réalise. J'aimerais bien rencontrer Gondry. Mais comment ne pas se faire écraser par ce type en cas de projet? J'aime l'idée de creuser son propre sillon. C'est surtout pour çà que je conserve une démarche DIY et pas par peur de perdre le contôle.
Merci pour ces précisions. Dans la chanson My Family tu expliques que ta famille s'est foutu de toi et que tu as en quelque sorte changé d'identité. Qu'est ce qui a fait tu es devenu le Kim que l'on connait maintenant?
Le temps.
Merci pour cette concision. Le premier disque de cette trilogie s'appelait Don Lee Doo, le second Mary Lee Doo, j'imagine que tout le monde te demande comment va s'appeler le prochain. Moi ma question c'est quoi un Lee Doo ?
Un lit doux.
Ah. Et quelle est la dernière video sur Internet qui t'a fait rire?
L'intégrale de "Vous les femmes". Génial. Olivia Côte et Judith Siboni sont mes idoles en ce moment.
Et sinon, de quels autres artistes te sens tu proches actuellement?
David Ivar Herman Dune pour sa recherche d' authenticité, que ce soit dans ses dessins ou dans ses chansons. Je me sens proche de Mathias Malzieu pour sa gourmandise. Il a toujours 25 projets à la fois et sa compagnie me stimule. Idem pour Ullmann que j'aime beaucoup. Je me sens proche du dessinateur Hervé Bourhis que je vois très rarement mais avec qui nous partageons, je pense, un climat de concentration. Il y'a PacoVolume aussi. Je pense que nous avons été séparés à la naissance tant je sens une jémélité musicale. Lui est plus pop et moi plus disco, mais dans une vie parallele, il est Cabrel et je suis Christophe. Amusez vous à traduire nos chansons en français, vous verrez. Et puis je me sens proche du groupe Alb pour la passion des claviers et des ordinateurs, proches de The Shoes pour le gout du kitch. Proche du groupe Bogart pour le rock, et du photographe Jean Picon pour sa vision des clubs. C'est lui qui a fait la photo de mon album. Eglantine Molokostar, elle, a fait mes photos de presse. Je ne connais pas Mathieu Amalric mais je me sens très proche de sa démarche. Et de celle de quelques comiques. J'aime aussi beaucoup le stand up. En live je n' aime pas réciter mes chansons. J'ai une doctrine. Elle est fixée sur un axe. Peut etre même un fil. D'un coté il y'a Raymond Devos et de l'autre John Coltrane. Si le funambule Philippe Petit se balladait sur ce fil, je me sentirais extrêmement proche de lui. Que ce soit quand j'enregistre des disques, quand je joue en concert ou quand je dessine.
Es-tu vraiment fachè avec Bordeaux? Est ce que la river turns around?
Plus trop. Ceux qui m'ont ennervé ne m'interesse plus. Je suis loin, je m'en fous. Le fleuve ne s'est pas encore fermé. La boucle n'est pas bouclée.
Le jour où Kim sera vraiment Dead, quelle serait ton épitaphe qui serait aussi le sticker promotionnel pour la ré-édition de ton album?
Aucune idée mais j'éspère avoir un bel hommage à la télé.
Et si tu peux te réincarner tu choisirais qui? KIM DEAL, KIM GORDON, LIL'KIM, KIM WILDE et pourquoi?
Kim Wilde est le nom que l'on me donnait à l'école. Ca m'ennervait. Tous les jours la même blague merdique. Une fois adolescent on m'appelait Kim Gordon. Je trouvais çà tout aussi naze. Ce m' a perturbé, finalement, car j'adore Kim Wilde, Kim Deal, Kim Faye, Kim Gordon, Kim Carnes, et qand on melange tous des Kim, çà me semble cohérent avec mes chansons. Etrange. Si je devais me réincarner çà ne serait pourtant en aucun ni aucune de ces Kim. Je pencherais plutôt pour un champignon. A moins que j'en sois déjà la réincarnation.
Kim: "Mary Lee Doo" disponible chez Vicious Circle