Un beau soir de mai Ludochem d'Alligre F.M m'a invité dans son émission French Up pour rencontrer Bernard Fèvre alias Black Devil Disco Club, ce musicien français de 62 ans qui vit actuellement un conte de fées. Cet « enfant du web », comme il aime à le dire, a sorti en 1978 un premier album de disco malsaine, jouissive, hypnotisante, tribale, dark, sexy et moite. Un bide. Deux décennies plus tard, les Chemical Brothers ont samplé la chanson Earthmessage, pour leur titre Got Glint sur Surrender.
« J'ai vu qu'on parlait de moi sur Internet et je ne savais pas qui étaient ces gens. Mon éditeur me dit un truc du genre « ta vieille merde on est en train de la refourguer ». Je n'ai quasiment rien reçu comme argent. En 2004, pareil, on me dit que des anglais viennent de ressortir l'album ( ndlr : Rephlex le label d'Aphex Twin ). Une fois de plus je n'ai pas été consulté.»
Voyant que son nom est de plus en plus googlé Bernard décide alors de redevenir Black Devil Disco Club.
« Du coup en 2006 j'ai réenregistré un album ( ndlr : 28 After ) à partir de vieilles cassettes que j'avais. En pensant aux images, je retrouvais les ambiances, les sons que j'avais à l'époque. Je ne voulais pas faire de la disco. Les gens qui dansent doivent recevoir autre chose que boum boum pour taper du pied, je suis content d'y être finalement arrivé, même si ca a pris 30 ans. Ma musique c'est plutôt du cinéma, ce qui m'y intéresse, c'est les images plus que les notes. On n'est pas obligé de danser idiot. »
Mais en 1978, que faisait Bernard, avant d'être Black Devil ?
« Je faisais du music hall dans un groupe les Francs Garçons, on a fait pas mal de tournées et l'Olympia avec Serge Reggiani. J'avais un orgue électrique et j'adorais les Aphrodite's Child, quand le groupe s'est séparé je me suis demandé comment faire parler de moi, même si je ne me prenais pas au sérieux ».
Se sent-il quand-même disco ?
« Je me sens bien aujourd'hui, j'appartiens plus au présent qu'à l' époque disco. Mon passé ne m'intéresse pas vrai- ment. Ma jeunesse je ne l'ai pas perdue. Je suis content d'être en vie, je suis nostalgique de ma jeunesse, mais pas de cette époque. Je ne regrette rien. »
Mais quand même, il doit être content de finalement être reconnu et de refaire de la musique ?
« Je n'ai pas l'impression de prendre ma revanche même si j'étais déçu quand le disque de 1978 a fait un bide. Comme je devais manger. Je suis devenu arrangeur radio pour la régie pub d'Europe 1, par exemple j'ai bossé pour Les bouteilles Orangina. »
Ca fait quoi d'être un vieux quasiment sans passé musical connu, sans discographie, adulé par des jeunes ?
« Les jeunes de maintenant peuvent plus facilement comprendre qu'à l'époque. Plus je joue live plus l'oreille des gens évolue et le public s'élargit au-delà du cercle restreint de l'intelligentsia disco. Je ne pense que le fait d'être musicien et pas que producteur amène de l'énergie. C'est plus chaud. Plus vivant »
Justement, c'est assez sexy comme musique quand-même ?
« A l'intérieur de moi il y a quelque chose de sexe, crade, que je n' extériorise pas au quotidien. Ce n' est pas mon but d'être choquant , mais c'est vrai que mon cerveau n'est pas complètement correct. Il ne faut pas essayer d 'être aimé, ca peut finir par payer. Mes pochettes sont pas mal aussi. 28 After avec son côté visqueux, ça a un rapport avec la femme noire dragon sur la pochette du disque de 1978. Mon label Lo Recordings (ndlr : basé à Londres) travaille beaucoup sur le graphisme. Celle de Eight on Eight est aussi très spéciale, dérangeante.»
Tu te sens seul en France ?
« Chez les anglo-saxons, j'ai un public de 18 à 65 ans, des anciens babas, ils sont très pop, vraiment ouverts. Je suis hors génération, je suis un ange. Moi j'écris en français au départ c'est plus simple, j'ai horreur des phrases, je serais un mauvais politicien. Je veux que l'idée passe en deux mots. Puis je me sers des traducteurs sur Internet. Au bout d'un moment je passe ça à une copine bilingue et je lui demande ce qu'elle comprend. Ce qui est bien avec l'anglais c'est que la rime n'est pas obligatoire. Ils sont très tolérants avec leur langue, vu que tout le monde parle leur langue en faisant des fautes et avec un accent terrible. Ils ne vont pas te reprendre si tu te plantes. »
Merci à Ludo et Bernard.
«28 After» « Eight on Eight » (Lo Recordings/La Baleine)
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