H-Burns, de son vrai nom Renaud Brustlein, joue une musique qui n'est pas sans rappeler celle de Leonard Cohen, Bob Dylan ou Johnny Cash. Son premier disque justement intitulé « Songs from the electric sky » est une collection de chansons empreintes d'humilité et d'intensité qui n'ont ren à envier aux anglo-saxons. Modestement armé d'une guitare sèche et de sa voix, il parvient à toucher l'essence de la musique folk grâce à l'impact de ses paroles qui plongent l'auditeur dans un monde poétique et fantasmé.
Olivier Rigout: Tu dis que dans le folk il n'y avait pas de honte à se revendiquer de tel ou tel artiste...
H Burns:
Avant je jouais du post rock et tout le monde me disait que ça ressemblait à Mogwai, alors qu'au moins maintenant c'est évident que ma musique évoque celle de Bob Dylan. C'est une transmission du blues traditionnel. Et de toute façon Dylan piquait aussi ces vieux standards blues et country à d'autres...
Mais toi en tant que français, tu transmets quoi comme patrimoine ? On ne peut pas dire qu'il s'agit de la redécouverte d'une culture étouffée comme le faisait Dylan avec les ethnomusicologues des années 50...
Sans prétention, je dirais que je rends hommage au patrimoine universel de la musique. Dans les crédits de pochettes de Dylan il y avait bien écrit « traditionnel ». Il avoue avoir repris plein de mélodies. Moi je transmets mon amour pour Robert Johnson, Blind Willie Johnson...
Est-ce que tu penses que le folk en tant que musique populaire n'appartient pas plus aux américains ?
Je me sens proches de certaines racines, même si ce ne sont pas les miennes à proprement parler. ET de toute façon, même les américains s'inventaient un passé romantique. Je suis un citoyen du monde qui a développé sa propre mythologie à base de vieux blues, de fantasmes de Greenwich Villlage et de vieux livres. Disons que tout ça se situe entre 1962 avec l'avènement de Dylan et se termine en 1967 avec l'arrivée de Cohen. De toute façon je ne suis jamais allé aux USA, c'est pourquoi je parle de fantasme, de mythologie. Mais ce que je sais c'est qu'être seul avec une guitare c'est indémodable et universel.
Vu que t'es français et que t'aime Dylan, tu rêves peut-être d'une carrière à la Hugues Aufray qui était son pote et traduisait ses paroles pour le public hexagonal ?
C'est un mec respectable mais je ne me sens pas proche de lui.
Une petite palmade pour continuer : si tu pouvais remonter dans les années soixante, tu préférerais coucher avec Johan Baez ou te prendre une cuite avec Johnny Cash ?
Ah bah Johnny Cash sans hésiter! Même ses derniers disques de reprises sont géniaux : la boucle est bouclée, il reprend des classiques récents avec Nine Inch Nails ou Depeche Mode alors que lui-même a écrit plein de classiques à l'époque. C'est un beau passage de flambeau.
Tu n'as pas cherché à chanter en français ?
Ca ne sonne pas. Le seul qui y arrive c'est Bashung même si je n'aime pas ce qu'il fait. Paradoxalement je me mets plus à nu quand je chante en anglais. Et puis je cherche aussi à toucher un public plus large. Chez moi je n'ai que quatre disques français : Gainsbourg, Bashung, Miossec et Brel.
Le folk c'était aussi la critique sociale, Brel faisait passer un message...
Au départ j'étais contre ce les protests songs, mais avec l'époque actuelle je me laisserais bien tenter. Mais je ne me sens pas appartenir à un mouvement contestataire particulier. Disons que je suis plus dans la poésie, l'imagerie...c'est peut-être plus inconscient.
Tu penses quoi du hip-hop qui a souvent été comparé au folk ?
Je comprends le lien, mais toute cette médiatisation du « bling bling » a tué l'esprit de révolte des groupes comme Afrikaa Bambaataa et Wu Tang Clan. Bizarrement aux USA les deux genres les plus vendeurs sont le r'n'b et la country. Sauf que ça n'a rien à voir avec le r'n'b et la country que j'aime. Ceci dit j'ai été content de voir que Bright Eyes avait été numéro 1 même si c'est soi-disant un arriviste du folk.
Tu faisais du rock et du metal avant...
Je suis un gros fan de Slayer et de Pantera ! J'ai grandi dans une petite ville dans la Drôme et la bas c'était reggae ou hard rock. Le metal c'était la culture alternative pour échapper au mainstream. J'ai commencé par des trucs violents pour finalement arriver au folk épuré.
Ton album s'appelle « Songs from the electric sky », il y a un côté mystique, quasi divin. Est-ce une référence à un processus d'écriture spécial ?
Oh non ! Je ne crois pas à la main de Dieu qui aide les artistes. C'est juste que j'aime les orages, ça suspend le temps.
Quel est le meilleur compliment qu'on puisse te faire ?
Cette question me fait pense à Pivot, « que dirait Dieu en vous accueillant au Paradis ?». J'espère que le disque va s'exporter et me permettre de voyager et que j'aurais la reconnaissance du public américain. Sinon Jason Molina du groupe Magnolia Electric Company m'a dit que j'écrivais des « fuckin great songs ». Ca fait plaisir.
Et sinon la pire remarque qu'on puisse te faire ?
« C'est sympa en fond sonore. Ca ressemble à Jack Johnson ».
« Songs from the electric sky » (Noise Digger/Differ-Ant)
Merci à Cathimini pour la photo Live