Quelques mois après la sortie de leur excellent second album sur Memphis Industries, les joyeux lurons de Brighton continuent de pogoteamer dans une explosion de couleurs, de rythmes et joie de vivre.
Surpassant leur précédant album (Thunder, Lightning, Strike) ils se permettent même d'inviter Chuck D de Public Enemy pour secourir nos oreilles avec un des meilleurs cross-over jamais realisé, Flashlight Fight, dont le titre résume à merveille l'esprit du disque. Rencontre avec Ian Parton (leader, guitare électrique, harmonica et percussions) juste avant leur prestation multi-colore au festival des Inrocks en première partie des Gossip à la Cigale.
OLIVIER RIGOUT: Votre dernier disque s'appelle "Proof of Youth". J'allais te demander si le fait de l'acheter rendait jeune mais en fait les jeunes achètent plus de disques mais téléchargent alors...
IAN PARTON : Ah oui j'avais pas envisagé ça. En fait c'était pour dire que même si on a sorti notre premier LP Get It Together en 2001, c'est encore le début pour nous. On est admiratif des groupes comme Sonic Youth ou les Stooges qui ont toujours su rester jeunes. Bref Je continue d'écrire des chansons schizophréniques de type Jackson 5 vs electro vs distortion vs banjo vs MCs vs pompom girls comme au premier jour.
Mais vouloir prouver qu'on est jeune c'est généralement un aveu de vieillesse non?
C'est un état d'esprit plutôt que des paroles. J'aimerais changer le monde, avoir un impact politique, avoir une vie plus excitante, écrire la B.O de ma vie et faire de celle-ci un film. Toujours aller de l'avant en étant schyzo quoi!
Justement beaucoup pensent que l'avenir de la musique passera par son association à l'image (pubs, films, jeux videos...)...
Dans notre deal j'ai dès le début dit que je ne voulais pas associer notre musique à des pubs...depuis le temps j'aurais pû m'acheter une maison. Rien que ce mois-ci j'ai reçu quatre propositions. Je devrais peut-être me résigner, et voir au cas par cas.
Vous pourriez faire une pub pour Benetton vu que vous êtes souvent présentés comme le groupe cosmopolite avec la chinoise, la black, le blanc-bec...
Je sais que c'est facile de nous décrire comme les Power Rangers, avec une recette toute faire style "une pincée de hip-hop, un peu de rock et deux samples old-school...". Tout ça c'est des conneries. Je vais pas dire qu'on a réussi le mélange parfait mais je suis content qu'on ne sonne pas ringard. De toute façon ce n'est pas une démocratie mais plutôt un gang. D'ailleurs j'aime bien les combats de nanas avec des vestes en cuir! (rires)
Et elles te foutent jamais de roustes quand tu leurs joues un truc nul ou que tu leurs dégotes un sample pourri?
Non! Généralement j'écris les chansons à la maison avec plusieurs instruments et rajoute des éléments étape par étape en essayant d'avoir une vision globale pour que tout le monde y trouve son compte. Notre demarche est d'opposer la musique blanche et noire en frontal. On veut se trouver un plein milieu du champ de bataille et ne pas vraiment avoir à choisir notre camp. On s'agite dans tous les sens sans être disciplinés et c'est pour ça que la production du second album est plus live, plus spontanée, plus brute. Je ne veux pas que ça soit trop planifié. J'éspère juste que quand je serai vieux je me dirai "j'ai été chanceux". Je me souviens encore du jour où John Peel a passé une de nos chansons: je dansais tout seul dans ma chambre! Pour le futur je voudrais juste avoir de bons scratchs. C'est le plus beau son du monde et visuellement c'est aussi beau qu'une guitare.
C'est marrant parce que vous soyez très branchés musique black mais vote public, du moins en France, est à 99% blanc.
A l'étranger on commence à avoir un public plus métissé mais c'est vrai qu'il y a toujours une sorte de ségrégation. Quand on a joué au Pitchfork Festival, plein de kids black de 5 à 15 ans sont montés sur scène avec nous. C'était génial, on aurait dit un rassemblement pour Nelson Mandela. En plus il faisait beau. Comme quoi tout est possible!
Proof Of Youth (Memphis Industries/naïve)
www.myspace.com/thegoteam