Dans les années 1990 Diabologum avait réussi à se faire un nom grâce à ses compositions lancinantes et quasi suicidaires. Le groupe s’est dissout pour donner vie à Programme
et à Expérience qui a sorti fin 2005 son troisième et meilleur album. Et qui plus est, un album de reprises qui reflète fidèlement la démarche du groupe. Si le pari était risqué et les mauvaises critiques toutes prêtes, force est de constater que le résultat est surprenant. A la fois par l’éclectisme du tracklisting que par la cohérence qui s’en dégage.
Il y a évidemment du punk (Shellac, Pussy Galore), mais aussi du hip hop ( A Tribe Called Quest, NTM, ODB, Public Ennemy), du folk ( Mendeslon, Bonnie Prince Billy), et même de l’inclassable ( Public Image Limited, Moonshake, Gil Scott Heron, Costes). Le tout sur fond de guitare noisy, de rythmiques lourdes, avec des paroles mi-parlées, mi-chantées et mi-hurlées.
Mais le véritable tour de force d’Expérience est bel est bien la réinterprétation de chansons plus ou moins connues. En effet, malgré leur différence de registre, tous les titres semblent avoir été composés par le groupe tant la hargne, le désespoir et la rébellion se fait sentir. Paradoxalement, le sens originel des chansons, même celles dont le texte a été francisé, ne semble pas avoir été dénaturé. S’agit-il d’une alchimie particulière ? La contre expérience semble confirmer cette piste.
OLIVIER RIGOUT : Dernièrement je me suis retrouvé pour la première fois et par hasard dans un karaoké et il y avait du Bashung, Dion, Cure, A-Ha…Vous auriez aimé être là ?
Michel Cloup (Chant/Guitare) : Oui surtout si c’était des versions réenregistrées. En fichier midi, bien moche quoi !
Pourriez-vous expliquer le titre du dernier disque (ndr « Positive karaoké with a gun/ Negative karaoké with a smile ») ?
MC : En fait au départ il s’agit d’une blague. Pendant la tournée de promotion pour notre précédent album « Hémisphère gauche » le public reprenait en cœur les paroles « pauvres petits occidentaux ».
Justement, les chansons que vous reprenez ont un côté sombre, presque malsain qui tranche avec l’idée qu’on se fait généralement du karaoké.
MC : C’est vrai que le disque n’est pas forcément joyeux mais c’est quand même fédérateur, pour faire la fête. Disons une fête sanglante : « qu’est ce qu’on attend pour foutre le feu ? ».
C’est vrai que Votre album c’est du punk si on regarde les artistes auxquels vous faites référence…Comme dirait Rock & Folk, c’est quoi être rock pour vous ?
MC : Notre idée c’est de faire un groupe indépendant, de travailler entre nous. On se fout du discours « officiel », « engagé », où tout est blanc ou noir. On est dans une époque compliquée alors on essaye de retranscrire ça sur disque. Voire de l’expliquer. Je ne me reconnais pas du tout dans ces groupes soi-disant glamours pour qui le slogan « sexe, drogue et rock’n’roll » est une parole d’évangile. On dirait des singes en cage complètement déconnectés de la réalité, du public. Moi j’essaye d’être le plus honnête possible.
Ca me fait penser aux groupe les « Detroit Cobras », ils ne font que des reprises garage soul car ils préfèrent rendre hommage à leurs groupes préférés plutôt que de les imiter en moins bien.
Widy Marché (guitare) : On ne connaît pas. Notre démarche est plus ludique, on a tout enregistrer par nos propres moyens et en peu de temps : un morceau par jour. Après on a pas essayer de reproduire les chansons à la note près.
Vous reprenez les morceaux de Gil Scott Heron et de Bonnie Prince Billy en traduisant les paroles en français. C’est pour mieux vous réapproprier les chansons ou pour passer à la radio avec les quotas ?
WM : Au moment de jouer, on se disait « comment faire ?», donc on a essayé plusieurs méthodes entre la reprise traditionnelle, limite fan, et celle plus dérangeante.
Y a-t-il des reprises que vous avez foirées et qui ne sont pas sur le disque ?
WM : Non, toutes celles qu’on a essayé on les a mises. Soit on « sent » la chanson soit non. Mais disons qu’on ne se pose pas la question de savoir si c’est bien ou mauvais. Ce n’est pas à nous de décider. En fait on a choisi les titres naturellement, pour travailler différemment en se faisant plaisir. Même si tous les titres ne sont pas évidents, en particulier « This is not a love song » de Pil.
Vous chantez « que la révolution ne sera pas télévisée » ; vous en pensez quoi des manifestations anti-CPE ?
MC : C’est du beau folklore organisé. C’est certes mieux que rien du tout… On vit quand même dans une époque lisse et ennuyeuse. Il faut essayer de bousculer les choses, de provoquer des réactions. Mais ça ressemble à un spectacle. C’est comme le rock paillette.
En parlant de paillettes, le célèbre chanteur Raphaël français a déclaré en interview qu’il n’avait pas entendu parler du CPE…
MC : C’est son agent de communication qui a du être content ! Qu’il reste là où il est. Mais on va pas commencer à s’attaquer à ces gens là…Obispo, Pagny…
WM : On a des combats plus importants à mener.
Ah oui, lesquels ?
MC : Eh bien, faire son truc personnel, jouer à l’étranger… On aime plein de petits groupes comme Diabologum, Programme, Non Stop, Amanda Woodward…On se sent proches d’eux, c’est notre famille. On évolue dans cette sphère. On essaye de faire tout par nous-mêmes. On a pas les moyens des gros annonceurs, on paye pas les journalistes pour qu’ils écrivent sur nous.
Vous êtes affiliés à la scène punk voire hardcore mais vous êtes également proches du milieu hip hop…
MC : C’est vrai qu’on aime le hip hop old school, et La Caution avec qui on a joué. Au départ on trouvait TTC, Stupeflip et le Klub des Loosers pas mal mais on est assez déçu au final. Soit par leurs attitudes soit par leur musique.
Question entretien d’embauche pour finir : pourquoi c’est bien Expérience?
MC : Heu…je peux juste te faire part du meilleur compliment qu’on nous ait fait : « votre musique me rend heureux quand je rentre du chantier ».