La FACE 100 / VINGT ANS D'ABUS DANGEREUX : numéro spécial. Au sommaire, l'histoire d'Abus ainsi que la revue de ces 20 dernières années vu par les contributeurs d'Abus. Et toujours un sampler inédit, avec 19 titres cette fois / LA FRACTION, THE HATEPINKS, GOLDEN BIRDS, LOISIRS, NEUROTIC SWINGERS, AMANDA WOODWARD, TENDER FOREVER, THE WALKABOUT , TV KILLERS, LA POUPÉE BARBUE, KING SIZE, X-OR, FRUSTRATION, YEAR OF NO LIGHT, THE CINDERS, JERRY SPIDER GANG, FLYING DONUTS, SLICKEE BOYS, GREEDY GUTS.
La couverture a été confié à 2 dessinateurs bordelais qui ont mis leur talent en commun: Charky et Ainobox
Ci-dessous la contribution Autobahn66 pour le top 100/retrospective des 20 dernières années.
1/ Un beau soir de novembre 1998, le Jon Spencer Blues Explosion est invité à jouer «High Gear» en direct sur le plateau. de NPA (Canal+). Et justement, après les 3 minutes réglementaires le trio new-yorkais passe à la vitesse supérieure et s’octroie du temps supplémentaire en débordant sur la pub. Jon fixe la caméra d’un air révoltét et crie «I wanna talk about the blues» à tue-tête Judah Bauer monte sur la grosse caisse de Russel Simins pour décocher un riff endiablé et ce dernier cogne ses fûts comme si la scène n’était pas amplifiée. Jon se débarrasse de sa six cordes, agrippe son micro, fait hurler le theremin, et se met à déambuler à travers le public impassible ! «Ladies & gentlemen the motherfucking blues is number one». Le chaos ne prend fin qu’au bout de 9 minutes pendant lesquelles Jon parvient à saluer Jackie Chan (l’invité du soir), à danser sur le pupitre et à se faire ramener manu militari par l’animateur Alexandre Devoise. Son collègue Philippe Vecchi se plaindra de s’être fait «niquer une oreille».
2/ En 2001, les membres de Mötley Crüe publient une autobiographie, très justement nommée «Dirt». Tous les excès possibles et imaginables de Tommy Lee, Nikki Six, Vince Neil et Mick Mars y sont relatés avec franchise et humour Ce pavé de 500 pages constitue à lui seul le best of des pires clichés de la vie de rock star . (en vrac): look ultra ringards, cures de désintoxication, mort en voiture, overdoses, séjours en prison, travaux d'intérêt général, mariages et divorces en série, viol de groupies mineures, succès flamboyant, bides retentissants, amies pornstars, enfants cachés, séance de pisse sur des voitures de police, managers véreux, port d’arme illégal, passage à tabac de leurs femmes, dégustation de la pisse d’Ozzy, black out sur scène, bastons, vols, lancers de lit de chambre d’hôtel, passions idiotes (hélicoptères, fusils, voitures de sports…), dépressions et repentances...Après ça, impossible de déclarer avoir un mode de vie Sex drugs & Rock’n’roll sans passer pour un imposteur.
3/ S’il est décedé à Nashville en 2003 suite à des problèmes de coeur et de diabète Johnny Cash a finit sa carrière en beauté. Outre le biopic posthume «Walk The Line», c’est bel est bien la série des 6 disques produits par Rick Rubin et sobrement intitulés American Recordings qui vont remettre the man in black au goût du jour.
De manière suprenante, le songwritter né en 1932 dans l’Arkansas décide de reprendre ses contemporains. Lui qui a écrit dès 1955 des tonnes de classiques comme «Don’t Take Your Guns to Town» ou «Ring of Fire» vient puiser dans ces reprises un renouveau artistique et récolte des critiques dithyrambiques. Même si les années Sam Phillips/ Sun Records sont loin, Cash chante toujours avec autant de conviction et avec cette voix qui donne des frissons. Comme s’il avait écrit ces chansons et surtout ces paroles. Ainsi «Hurt» de Nine Inch Nails, «Personal Jesus» de Depeche Mode ou encore «I see a Darkness» de Bonnie Prince Billy se voient paradoxalement rélifter à la sauce country/folk minimale par un viellard au bord de la mort.
4/ Dans un élan visionaire, le célèbre mag français Rock & Folk (qui vient de fêter ses 40 ans) décide de faire sa couverture de juillet 2006 sur l’éventuelle reformation de Pink Floyd parce que Roger Waters s’apprête à jouer live l'intégralité de « Dark Side Of The Moon» : 5 jours après la sortie du mag Syd Barrett meurt à Cambridge de complications du diabète! La faute à pas de chance. Mais c’est surtout significatif de la pitoybale et régressive ligne éditoriale du mensuel qui depuis le retour du rock n’en finit pas de radoter et de faire des couv plus prévisibles les une que les autres. Ainsi contre toute attente, se sont succèdés depuis 2002 les Sex Pistols, Les Stones, Iggy, Macca, Motorhead, Bowie, Led Zep et les Ramones...et ce à une cadence infernale d’un mois sur deux, laissant au choix une place aux Franz Ferdinand, Strokes, Libertines ou White Stripes. Et s’il ne s’agissait que de la couv...pas le temps de parler des rubriques «Discothèque Idéale», «la Vie en Rock» ou « Busty Theory ».
5/ En 2004 Metallica sort son DVD autobiographique, le bien nommé «Some Kind Of Monster». Monstre, car on y découvre un groupe à la dérive (artistique et humaine), suivi par un psy. Après un jam en studio James Hetfield qualifie le jeu de batterie de Lars Ulrich de « merde »: résultat un an de break. L’ancien bassiste Jason Newtsed évoque les larmes aux yeux son passé de souffre-douleur au sein du groupe. Quant au premier chanteur Dave Mustaine (devenu leader de Megadeth par la suite) il avoue passer chaque jour a regretter de s’être fait virer par son ami danois pour cause d’alcoolisme à 16 ans et d’être la risée du public de Metallica. Dans ce poignant documentaire on voit également un Kirk Hammet surfeur (depuis deux ans) invitant les autres à prendre exemple sur sa sagesse, mais aussi un Lars Ulrich peintre (de croutes) qualifiant à plusieurs reprises Metallica de « plus grand groupe de rock »...Pour toutes ces anecdotes et cette franchise le film de Berlinger et Sinofsky se revèle être un formidable outil psychologique pour les apprenties rock stars.
6/ En 1984 sort sur les écrans le film de l’américian Rob Reiner, « Spinal Tap » (‘ponction lombaire’). Ce faux documentaire parodique sur un groupe de hard rock britannique fictif compile en 82 minutes tous les mésaventures qui peuvent s’abattre sur lui : voir tous ses batteurs mourir les uns après les autres dans d’étranges circonstances, se faire détruire par les critiques (« les trois mots qui reviennent le plus souvent au sujet de votre dernier LP sont ‘disque de merde’»), se perdre dans les coulisses en allant sur scène, jouer devant un public peu receptif (en l’occurence une maison de retraite), se trouver enfermer dans le décor imaginé pour les concerts... Le chanceux reporter Marty DiBergi qui suit la tournée est le témoin privilégié du ridicule « du groupe le plus bruyant de toute l’Angleterre ». En effet « leur niveau de décibels reste inégalé dans l’histoire du rock anglais » car leurs amplis sont spéciaux, la graduation va jusqu’à 11, contrairement aux autres qui s’arrêtent à 10.
7/ La réalisatrice Ondi Timoner a non seulement du talent mais également de la chance. Dès 1996 elle sympathise avec deux petits groupes rock américians influencés par le Velvet et les Stones: les Dandy Warhols et le Brian Jonestown Massacre, respectivement mené par Courtney Taylor et Anton Newcombe. Dès le début fascinée par ces personnages et leur entourage, elle se met à filmer leur quotidien, si bien que très vite plus personne ne remarque sa caméra. Progressivement les trajectoires des deux groupes amis/ennemis se séparent : les Dandy Warhols signent chez Capitol, sont clipés par David La Chapelle jouent en tête d’affiche de festival...quant aux BJM ils pataugent entre jalousie, enguelades, baston, drogue, paranoïa, splits temporaires, interuptions d’enregistrements, capotages de signature de contrats et remplacements de personnel...Le film, Dig !, devient progressivement un hommage au héros maudit et pathétique qu’est Newcombe ; impression renforcée par la bétise de Taylor et surtout par son admiration à l’égard du talent de Newcombe.
8/ A la fin des années 1980, le Manchester musical (déjà connu pour les Smiths, Joy Division, the Fall) attire toutes les attentions au point d’être surnommé Madchester grâce à des groupes comme qui mélangent rock et acid house. Les nouveaux héros s’appellent les Stones Roses, Inspiral Carpets, A Guy Called Gerald ou encore A Certain Ratio. Dès 1986 l’Hacienda (club ouvert en 1982 par Factory Records et New Order) qui est the ‘place to be’ pour clubbers et rockers, voit ses Djs résidents (Mike Pickering, John Da SIlva et Little Martin) élevés au rang de stars. Le groupe le plus emblématique de cette époque est sans conteste Happy Mondays. Un gang de petites frappes en baggys, emmené par Shaun Ryder et son percussioniste/danseur Bez. Signés sur Factory après avoir gagné un Battle of The Bands, ils connaissent leur premier succès en 1987 avec ‘24 Hour Party People’ puis cartonnent en 1990 avec leur album au titre prémonitoire ‘Pills & Thrills & Bellyaches’...Accros à l’ectasy ils ne cessent de repousser la date de sortie de leur prochain album et de demander ( parfois avec des flingues) des avances au label...qui finit par couler en novembre 1992.
9/ En 1975 un certain Alan Mc Gee (qui créera Creation Records et signera My Bloody Valentine, Oasis...), emmène son pote de 15 ans Bobby Gillespie voir son premier concert : Thin Lizzy. En 1977 ils ont déjà vu The Clash, Joy Division et The Jam. Gillespie quite son job à l’imprimerie de Glasgow: en 1984 Primal Scream donne son premier concert (qui sonne comme du PIL en pire) en première partie de Jesus and Mary Chain (dont Gillespie est également batteur). En 1989 PS a déjà sorti 2 disques sur Creation, sous influence de Byrds et MC5. Le NME les décrit comme « confus et manquant de cohésion ». En 1989 Gillespie découvre l’ectasy et rencontre Andrew Weatherall (remixeur d’un des titres des Happy Mondays) dans une rave. La ballade « I’m losing more than I’ll ever have » se voit agrementer d’une boucle de batterie, d’un sample de Peter Fonda (du film Wild Angels), de paroles de Robert Johnson (« Terraplane Blues ») et devient le tube indie-rock/acid-house « Loaded » présent sur Screamadelica. Depuis, la fête continue.
10/ « Comparé à lui, Little Richard sonne comme Pat Boone (ndr rockeur à l’eau de rose)». Dixit Lux Interior des Cramps au sujet de Mr Rythm, aka Andre Williams. Né en 1936 en Alabama, Willams commence sa carrière chez Fortune Records en 1956 après avoir fait ses 1ères armes dans une chorale gospel à Chicago et après avoir gagné un concours en se roulant par terre et en criant comme s’il allait mourir. Il écrit plusieurs tubes comme « The Funky Chicken », « Pass the Biscuits » et « Bacon Fat » où il mélange l’humour de la country blanche et les voix soul black. Il parle souvent de nourriture et de sexe; normal il faisait la plonge dans un resto classe que fréquentaient les macs, joueurs, putes et bourgeois blancs. Fasciné par cette population et par les belles fringues il se fait un point d’honneur à s’habiller comme Cab Calloway dans le film Stormy Weather. Il fait les 1ères partie de Screaming Jay Hawkins et Little Richard puis devient DA chez Motown et co-écrit des singles avec Stevie Wonder et Marvin Gaye. Il rejoint Chess et produt un LP d'Ike et Tina en 1973 avant de sombrer dans la drogue. A part quelques collaborations avec George Clinton il passe les années 80 à fumer du crack et finit même clochard. En1995 Norton Records le sort de son trou et publie “Greasy “ suivit par “The Black Godfather” auquel collaborent le Blues Explosion, les Countdowns et Mick Collins des Dirtbombs. Depuis il continue de tourner, de sortir des disques et a même fait une couv d’Abus!